samedi 27 octobre 2012

Existe-t-il une alternative crédible au téléchargement illégal ?

A cette question, on serait tenter de répondre "non" tout de suite : aucune plateforme au monde ne propose le choix et la vitesse de téléchargement qui font le succès du P2P. Cependant, si on s’intéresse de plus près à quelques offres, on peut voir que des efforts sont faits dans l'élargissement des catalogues et dans la baisse des prix.
Nous allons donc décomposer ces offres dans les différents domaines du téléchargement que sont la musique, les films, les jeux et les logiciels.

La musique :

C'est sans doute le domaine où le téléchargement illégal est le plus important : cette attirance des pirates pour la musique est assez ancienne et peut être facilement expliquée. La musique dématérialisée permet que des albums entiers ne pèsent qu'une soixantaine de mégaoctets et donc soient rapidement téléchargeables. De plus, avant l'arrivée d'Itunes et Amazon MP3, il était impossible à un audiophile de se procurer le dernier CD de son artiste préféré un dimanche soir de manière légale (tous les magasins étant fermés) ; il se tournait alors vers les mythiques sites de téléchargement tels que Limewire ou eMule (nostalgie...).
Paradoxalement, cette pratique a pris de l'ampleur lorsque Apple a mis en place son révolutionnaire Itunes, car le fan de musique n'avait plus besoin d'aller acheter le CD sous sa forme physique et de le ripper avec CDex (nostalgie encore...) pour le mettre en ligne : il lui suffisait de casser les sécurités (faibles) de son Itunes et il pouvait distribuer sa musique au monde entier !
Face à cela, les distributeurs ont commencé à paniquer et ont créé les procédés de protection de leur MP3 et même de leur CD avec des résultats plus ou moins probants.
De manière plus commerciale, Apple apris le problème en main et a vendu les chansons une par une au prix de 0.99 €/£/$ avec le succès qu'on lui connait ! Amazon a suivi quelques années après avec ses premiers albums à des prix, à l'époque, dérisoires.
Cependant, la crise venant, le prix est devenu un souci et, couplé à l'amélioration technologique des réseaux P2P et de Megaupload, ce souci s'est transformé en un gigantesque problème ! Les gens en veulent toujours plus pour toujours moins ! Alors que les liens Megaupload fleurissent partout sur le Web, Sony, maison de disque assez importante, a l'idée de créer Beezik qui permet d'échanger votre attention durant un petit film de publicité contre le single de votre choix (la publicité finançant votre single). Cela ne vous coûte que du temps et du courant, pas un centime à proprement parler.
Sinon, on a vu apparaître les concepts Napster, Spotify et Deezer qui en échange de quelques euros par mois (une dizaine) vous proposent des millions de chansons synchronisées sur votre PC, TV connectée et smartphone. Ces offres sont assez complètes et offrent une alternative crédible au téléchargement ; je dirais   même que, techniquement, elles valent largement plus qu'un client torrent ou Limewire puisque que toutes vos musiques sont synchronisées en permanence.
Notez bien que 10 € correspondent à environ 1 album sur Itunes !

Les films :

Il est difficile de trouver un équivalent au téléchargement illégal au niveau des films ayant un visa de distribution en France, à cause d'une loi aussi absurde qu'imcompréhensible : "une œuvre cinématographique peut faire l'objet d'une exploitation par un service de vidéo à la demande par abonnement à l'expiration d'un délai de 36 mois à compter de la date de sortie en salles". Cela réduit largement l'attractivité des offres et on devrait se tourner vers des offres américaines (qui n'ont pas cette contrainte) tels que Netflix, si ces dernières avaient les droits de distribution dans des pays non-anglophones ; donc, autant dire que vous ne pouvez pas avoir d'offre légale digne de ce nom pour les vidéos : la faute à un lobbying pitoyable de la part de producteurs frileux et non ouverts aux nouveaux réseaux de distribution.

Les jeux :

La Fnac a bien tenté de faire quelque chose pour éviter que le téléchargement des jeux vidéos ne lui pose trop de problèmes ; malheureusement, il s'agit d'un échec cuisant que l'on peut constater dès l'ouverture de la page servant de vitrine au catalogue de jeux : il n'y a que des échecs commerciaux, des jeux ratés ou des jeux que même mon grand-père trouverait ringards ! Bon, il reste des jeux cependant intéressants tels que HAWX 2 ou Assassins Creed Revelations. L'idée est, en soit, géniale mais le prix, trop bas, oblige Metaboli à ne pas mettre des jeux trop récents (un jeu récent coûte 50 € et l'abonnement est de 20 € par mois). Si je peux leur donner un conseil : faire un forfait à 100 € par mois et avoir tous les jeux, dès qu'ils sortent !

Les logiciels :

Il n'existe aucune solution, le domaine étant bien trop vaste et les différences de prix trop élevées (de 0.89€ pour une appli sur le App Store à 3DS Max qui peut atteindre les 8000 € !).


En conclusion, je dirai que les éditeurs, distributeurs et producteurs ont beau se plaindre, on ne peut pas dire qu'ils prennent réellement les devants et il faut attendre que ce soit des distributeurs étrangers (Amazon, Apple) qui fassent ce que les éditeurs locaux ne font pas. Le plus beau dans tout cela, est, qu'une fois les plateforme de distribution de Apple et Amazon mises en place, ils vont se plaindre de la réduction de leur marge ; je leur répondrais à cet instant : "tout travail mérite salaire, or si vous vouliez vendre, il fallait vous la monter, votre plateforme !". En résumé, pour la musique, vous n'avez aucune excuse, pour le reste, vous avez le droit de vous défendre bec et ongle devant le juge si vous vous faites attraper par la HADOPI. Je finirai mon article par un rêve : que tout le monde paye 150 € par mois et qu'il ait accès de manière simple, stable et rapide à tout le contenu multimédia de la planète.

Laurent Meyer (@Torrentsaide)

0 commentaires: