samedi 9 février 2013

Un spécialiste donne son avis sur HADOPI !

Voici l'interview de Romain Heuillard, journaliste chez nos confrères de Clubic, qui nous livre sa vision sur le téléchargement illégal, ces conséquences économiques et ces perspectives !

- Est ce que le retour de Megaupload va-t-il revenir aussi fort et cela changera-t-il, à votre avis, la législation en matière de téléchargement illégal ?

Je pense que Mega va rapidement reprendre une part importante du "marché" des services d'échange de fichiers, car pour l'heure, c'est le plus efficace. Pour autant, je pense aussi que la fermeture soudaine de Megaupload a appris aux internautes à ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, et que Mega ne retrouvera pas la part de marché de son prédécesseur.


- L'avènement prochain des 4K va-t-il rendre plus compliqué le téléchargement illégal du fait de la taille si monstrueuse de ces fichiers ?

Le 4K ou Ultra HD ne va pas changer fondamentalement les habitudes de téléchargement, qu'il soit légal ou illégal d'ailleurs. La définition des vidéos augmente parallèlement aux débits des connexions à Internet et à l'efficacité des codecs. Rappelons qu'à qualité d'image égale, une vidéo Ultra HD en HEVC n'est que deux fois plus lourde qu'une vidéo Full HD en H.264. Aujourd'hui on peut télécharger des vidéos en Full HD ou de la musique en FLAC mais beaucoup d'internautes s'en tiennent à la SD ou au MP3 pour télécharger plus vite. La problématique sera la même avec l'UltraHD, c'est une affaire de compromis entre qualité, durée detéléchargement et espace de stockage.

- Est-ce qu'il vous semble pertinent d'affirmer que le téléchargement illégal, est, en un sens un moyen, pour les industries de l'audiovisuel de faire connaître leurs produits ?

Le téléchargement gratuit, qu'il soit légal ou illégal, facilite les découvertes, c'est indéniable, de nombreuses études le montrent. Mais tous les acteurs de l'audiovisuel n'ont pas les mêmes intérêts. Les maisons de disque ne tirent quasi aucun revenu des concerts par exemple. Le téléchargement gratuit n'est donc pas une solution satisfaisante pour tout le monde.


- Pensez-vous que le système législatif français (HADOPI) est efficace face à la montée constante du nombre de personnes qui téléchargent et face aux moyens, toujours plus nombreux, de téléchargement ?

Je ne sais pas si le nombre de "pirates" augmente, j'aurais plutôt tendance à penser le contraire. Je pense que l'Hadopi est globalement inefficace, mais elle a au moins un mérite : avoir soulevé des débats sur le fonctionnement de l'industrie du divertissement. La population a compris les enjeux et elle agit désormais en connaissance de cause.


- Considériez-vous, finalement, le téléchargement dit illégal comme nocif pour l'industrie de l'entertainment ?

Comme je l'ai dit précédemment  le téléchargement illégal est nocif à certains acteurs (comme les maisons de disque, les compositeurs non-interprètes ou les artistes qui ne se produisent pas en concert), bénéfique à d'autres (comme les artistes qui rassemblent des foules en concert). Le fait que les "pirates" dépensent au moins autant, sinon plus que les non-pirates, comme l'ont montré plusieurs études, prouve une chose : la gratuité n'est pas nocive à l'industrie du divertissement, elle est potentiellement bénéfique. Mais ça ne justifie pas pour autant le piratage, même si la plupart des acteurs de cette industrie se bornent à ne pas s'adapter aux nouveaux modes de consommation, alors qu'ils pourraient endiguer eux-mêmes une bonne partie du piratage en étant innovants.


- Pensez-vous que l'usage de P2P va diminuer au profit d'une solution légale existante ou prochainement existante ?

Je pense que les solutions de musique ou de vidéo à la demande ont déjà commencé à endiguer le piratage. Deezer, Spotify et YouTube en Europe, Netflix aux États-Unis, sont gratuits, légaux et généralement plus simples à mettre en place que le piratage (sauf cas particuliers). Mais les artistes sont-ils justement rétribués par ces plateformes ? Je n'en suis pas convaincu.

Nous remercions chaleureusement Romain pour ces réponses pertinentes et objectives et nous constatons avec joie qu'il n'a pas vainement arrêté sa prometteuse carrière de constructeur de LEGO (regarder sa bio sur Clubic pour comprendre !). Sinon vous pouvez le suivre sur Twitter ou encore Google + (eh, oui, il y a des gens très biens sur Google +, la preuve j'y suis :) ).

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